Mieux vaut tard que jamais

En 6 mois de roulotte, on a vu, dit et entendu…

… On a entendu une phrase qui a raisonné dans nos oreilles : « when you are planning, God is smiling ». En réaction à cette pensée, nous avons décidé d’arrêter de nous fier aux cartes lorsque nous étions dans le doute : toujours à gauche. Après tout, le but était de voyager, peu importe la direction.

… On s’est dit que la quantité d’alcool reçue en roulotte était inversement proportionnelle à la quantité de dents présente dans la bouche des gens

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… On a vu des gens se méfier de leurs voisins comme de la peste. Mais dès que nous parlions du pays d’à côté, ces mêmes voisins se transformaient en anges tandis que les étrangers d’à côté étaient décrits comme des monstres qui allaient nous kidnapper et vendre nos chevaux. Récurrent.

…On a mangé beaucoup de spécialités locales, mais ce serait impossible de toutes les énumérer à cause de tous ces noms en langue vernaculaire à coucher dehors. Mais elles étaient à chaque fois décrites comme les meilleurs du pays.

… On a vu une amitié se forger entre 6 animaux pour la vie (pourvu que ça dure !) : deux humains, trois chevaux et un chien. Celle-ci était pour les filles qui nous lisent.

… On a entendu une multitude invraisemblable de chiens nous aboyer dessus. Au moment même où je tape ces lignes, trois chiens de chasse aboient dans mon oreille. Vivement le calme de nos contrées et nos chiens muets.

…On a vu défilé 9 copains. Merci à eux pour leur visite, laquelle fut toujours tombée au bon moment.

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… On a vu notre foi en l’humanité monter en flèche, comme si celle-ci était inversement proportionnelle à la popularité de François Hollande.

… On s’est dit qu’on avait failli se faire arnaquer plus d’une fois. Et ça c’est probablement produit.

… On s’est fait arrêter dix fois par la police. Dix fois sans encombre, 9 fois en Hongrie, 3 fois ça a terminé en fou rire de la part des forces de l’ordre et une fois on nous a mis à la porte. Plutôt pas mal le bilan.

… On a vu toutes sortes de gens nous accoster. Parfois même en nous parlant en bien de personnages aussi douteux que Léon Degrelle ou Adolf Hitler (ce dernier nous a d’ailleurs hébergés dans son ranch pendant trois jours). Merci et non merci.

… On a vu des campagnards en treillis militaire se la jouer comme Rambo. Et en faire des sites internet : http://crorambo.com/ Cliquez, ça vaut le détour.

… On nous a pris pour des gitans partout où nous sommes passés. Ce ne fut pas déplaisant, mais cela nous a fermé quelques portes. Notre voyage aurait été différent si nous avions été deux blondinets.

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… On a vu des rivières majestueuses telles que le Rhin (bon ok ce n’était pas en roulotte, mais on l’a vu quand même), le Danube, la Tisza, la Sava, la Drava… Et aucune d’entre elles ne nous a arrêtés.

… On aura travaillé notre cyrillique en Pologne et en Slovaquie. Qui a dit que tous les Polonais étaient catholiques ? Mais la vraie question est : pour combien de temps encore ?

…On s’est dit : merci à tous ceux qui nous ont soutenus, d’une manière ou d’une autre. Parents, amis, sponsors, les Diables rouges (pour le moral), la bière, la rakija et la vodka.

Avant que vous en ayez marre de lire, on voudrait sincèrement remercier toutes ces personnes qui ont accueilli chez eux ces deux étrangers à l’air douteux que nous sommes ou que nous aurions pu être. J’espère que votre ouverture, votre modestie, votre générosité ainsi que votre hospitalité pourra éternellement rejaillir sur nous ; et que si deux mecs barbus viennent un jour avec deux sales bêtes qui détruisent tout, je leur ouvrirai la porte de ma maison et leur ferai manger les meilleures frites de la région (clin d’œil à Francis).

Merci à tous nos nouveaux amis qui nous ont amusés (et qui ont joué au foot avec nous) le temps d’un jour, d’un week-end et parfois plus.

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Merci à toutes nos nouvelles mamans qui ont pris soin de nous ainsi qu’à tous nos nouveaux papas qui nous ont fait boire dans leur salon et qui nous ont donné un coup de main.

Ils ne liront jamais ce blog (et je les comprends, déjà que les francophones ont du mal à suivre nos délires fiévreux), mais merci à Francis, Monique, Yves, Tigre, Zlatko, Rakic, Matija, Marko, Mima, Ania, Maya, Mario, Anita, Michaïl, Nenad, l’autre Nenad, Milka, Roman, Matej, Tomo, Sylvia, Inica, Janos, Peter, Kata, Jacob, Zdenia, Stopa, l’autre Roman, Jarka, Stano, Magda, les deux autres Ania, Jozef, Dmitar, Terezka, Jaroslavka, Agatka… J’en passe (et peut-être des meilleurs !)

À l’an prochain pour la saison 2 des aventures en roulotte !

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Voyage au pays des Indiens

10517278_1506953389537033_4801802404517129716_oTout au long de notre voyage, nous avons eu le temps d’élaborer plusieurs théories. Si des gens se demandent ce que l’on peut bien trouver comme occupation lorsque l’on est lancé à plein régime à du 7 Km/h, on réfléchit, parle, raconte des blagues, chasse les mouches et les taons du dos des poneys (à l’aide d’une tapette géante), on fouille le chien, ou on regarde le paysage, plus ou moins beau selon les pays. Nos théories sont tantôt farfelues, tantôt un peu moins. En Slovaquie, nous avons pu élaborer celle du Cercle.

Celle-ci veut que lorsque l’on rencontre quelqu’un, par voie du hasard, de gaillardise ou simplement en montant dans le premier bus qui se présente, il nous présente quelqu’un dans le village d’après, lequel nous accueille pour une nuit et nous renseigne une autre personne pour l’étape suivante, et ainsi de suite. Nous avons déjà expérimenté ce phénomène en Hongrie, mais dans une moindre mesure. En Slovaquie, un cercle nous a tenu en haleine durant trois semaines, et ce pour rouler une centaine de kilomètre, même pour une bande de chèvre comme nous c’est lent.

10500522_1506292506269788_3228454148286573153_nEn effet, nous aurions pu parcourir la Slovaquie en une semaine, mais nous avons pris notre temps. L’histoire se répète. Je m’explique sur cette situation. Tout d’abord, nous avons pris énormément de plaisir à traverser ce pays. Notre arrivée dans le pays fut idyllique. Il faisait beau, des amis étaient avec nous (Big up), de la musique s’échappait de haut-parleurs dans les rues, nous retrouvions une langue slave plus aimable que le hongrois auquel nous n’avions pas su nous habituer malgré notre bonne volonté. Comme pour confirmer ces bonnes dispositions, nous avons rencontré un citoyen plutôt accueillant dès le premier village traversé, Trstené. A peine nous eut-il aperçus qu’il nous offre à boire dans un moment où nous n’en avions vraiment pas besoin. Au final, nous avons logé trois jours chez lui. Ça commençait bien.

10535622_1506953799536992_7425908240111386424_oQuelques semaines s’écoulèrent durant lesquelles nous avons multiplié les bonnes rencontres lorsque, arrivés dans le bled de province de Secovce, nous nous sommes mis en quête d’un manège. C’est une tactique efficace pour ne pas devoir s’inquiéter des chevaux durant la nuit, recevoir de l’avoine ou un bon conseil. Ô joie, il y en avait un. Étonnement, la responsable nous attendait sur le seuil (chose que nous ne pouvons toujours pas expliquer aujourd’hui) et nous a menés chez un couple que nous nommerons Tarzan et Jane pour préserver leur anonymat, vous allez vite comprendre pour quelles raisons. Ils vivent complètement reclus, à l’écart du monde civilisé, dans une maison construite par leur soin (argile, chaux, une seule grande pièce), passant leurs soirées à boire de l’hydromel fait maison dans un tipi au fond des bois. Après une soirée – mémorable – et deux journées passées chez eux, à apprendre plus de choses sur la vie en plein air qu’en regardant un épisode de La petite maison dans la prairie, ils nous ont renseigné des personnes qui pourraient nous accueillir avec les chevaux dans la ville plus loin. Nous sommes restés 5 jours chez eux car ils étaient vraiment sympathiques et parce que la coupe du monde débutait. Cette famille nous a présenté d’autres indiens dans la localité suivante. Dieu, que le voyage se simplifie lorsque l’on sait où loger.

Deux explications sont de mises : mais alors pourquoi autant trainer ? Et c’est quoi leur problème avec les indiens à ceux-là ?

Pour répondre à la première, il y eut plusieurs facteurs qui se sont entremêlés. Nous avons apprécié la chaleur et l’hospitalité des habitants. Quel accueil formidable nous avons reçu dans ces superbes contrées semi-montagneuses. Un deuxième élément est la chaleur. Lorsqu’il fait 30° à 9h du matin, il nous est impossible de continuer. Cela nous forçait donc à nous lever à 5h, partir à 6 et s’arrêter à 9. Pas facile, surtout lorsque l’on rencontre des gens sympas qui nous accueillent dans leurs tipis. Un troisième élément, et non des moindres serait la beauté des paysages et la splendeur de la nature slovaque, collines, montagnes, faunes et autres. Nous avons beaucoup trainé près du village d’Ol’ka car ce furent les premières dénivellations que nous rencontrâmes après plus d’un mois passé dans une plaine infinie. Enfin, il faut aussi signaler des facteurs externes comme la coupe du monde (qui nous a fait passer beaucoup de temps au café) et la venue de copains/copines (qui nous a fait passer beaucoup de temps au café aussi).
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Quid des indiens du coup ? C’est très simple. En Belgique, les gens font des camps scouts pendant l’été. En Pologne, ils font des camps catholiques. En Slovaquie, ils font des camps d’indiens. Du coup, lorsque les esprits murissent et s’assagissent, ils construisent des tipis dans le fond de leur jardin, y fument le calumet de la paix, ils cultivent des plantes médicinales, font des rites chamaniques au milieu des bois et récitent des incantations magiques le jour du solstice d’été. Que de plus pour nous plaire ? On a appris ainsi que la plupart des équipements de films de Western (comme Danse avec les Leus) a été fabriquée en Slovaquie.

Nous sommes dorénavant en Pologne, nous sommes désormais 6 et plus immobile que jamais. Tout se passe cependant pour le mieux, toutefois vous recevrez plus d’explications dans l’article suivant. Bonjour ou bonsoir si vous êtes à table. Bon dimanche si c’en est un.

Monologue de la jument

Cura, fille de Lili et de père inconnu

Cura, fille de Lili et de père inconnu

« …Tirer, tirer, toujours tirer. Sa vie est composée de tractions. Le côté pousser doit être jaloux, heureusement qu’elle expulse de gros étrons. Une aberration pour un haltérophile. Dire qu’elle ne fait que ça depuis quatre mois. Quatre mois ? Qu’est-ce que ça représente dans la vie d’une jument ? Toujours quatre mois de moins passés sous cellophanes diront les pessimistes. Certes, durant tout ce temps, elle a acquis de belles formes qui font frémir tous les étalons, de Zagreb à Varsovie en passant par Bratislava et Budapest. Certes, mais n’empêche, est-ce une vie ? Quatre mois passés à se faire ballotter et boulotter aux quatre coins de l’Europe orientale, chez des catholiques, des protestants, des orthodoxes, des uniates… Si j’avais plus de 4 sabots je saurais certainement en citer d’autres. N’empêche que je vois du pays, et ça c’est pas donné à n’importe quelle jument, si j’en suis une du moins. Dire que ma mère, et sa mère avant elle, était destinée à la saucisse italienne. Mais quel humain a déjà craché sur un bon salami ou sur de la mortadelle bien fraîche ? Le cauchemar de tous les chevaux croates. Il faudra que je me renseigne sur ce qui vaut mieux : Saucisse ou biscottos ? Calme de l’étable ou frénésie du voyage ? Maïs, et l’arthrite sévère qui va avec, ou avoine ? Ma mère, elle, n’a clairement pas eu le choix. D’après ce que j’ai compris d’ici-bas, des humains sont arrivés et l’ont enlevée du jour au lendemain. Comme ça, sans sommation. Ai eu-je mon mot à dire ? Nenni. Rien de tout ça. C’est todi les p’tits qu’on sprotch comme on dit par chez vous. Mais sans me perdre en conjoncture, si ce n’est déjà trop tard, outre les brigands et la malice des propriétaires, je n’ai pas trop à me plaindre. Je voyage dans un carrosse cinq étoiles, douillet comme tout. Il y a de la place pour deux, mais je suis seule. Merci maman. J’espère devenir comme toi, grande, grosse, forte, perpétuellement affamée, avec de la belle barbe qui feront dire à toutes les autres juments : Pour quelle équipe joue-t-elle ? Les juments, elles, font plein de pauses en plus. Il parait que c’est de la faute (ou grâce ?) des deux fainéants qui passent le temps à donner des ordres assis sur leur siège de voiture de luxe. Mais comme dit si bien ma mère : on ne mord pas la main qui te nourrit. On la botte. Je tâcherai d’en tenir compte quand mon tour viendra. C’est fou ce qu’on peut apprendre en si peu de temps. Savoir quand manger (tout le temps), quoi manger (tout ce qui est à portée de bouche), faire le plein d’avoine car on ne sait jamais quand sera la prochaine portion. Se lever, c’est compliqué parait-il. Enfin, ça, pour les bipèdes aussi apparemment. Ils sont réglés comme une montre suisse : elle sonne tous les matins et ils se réveillent deux heures plus tard. Quel enfer ça doit être dans leur boite. L’autre devrait plutôt dire : l’enfer c’est les mouches. Elles pullulent, se reproduisent, pondent, empêchent de dormir, se résignent… Bref, je suis bien mieux dans ma boite à moi. Tiens… On s’arrête. Ça va être l’heure pour moi de faire le grand saut. Au revoir, globules et placenta, c’était plaisant ces onze mois et onze jours passés en votre compagnie. Je vais prêter main forte à ma mère dans son implacable combat pour la dissémination du cheval de Posavina croate! »

De la Magyarie

Voilà qu’il est déjà temps pour nous de quitter la Hongrie. Que le temps passe vite quand on s’amuse. Nous avons pu, comme en Croatie, apprendre à mieux connaitre ce peuple qui se considère et qui est considéré comme unique. Heureusement car le but de notre voyage étant de comprendre les gens que nous rencontrons, ce qui n’est pas toujours chose aisée. Notre arrivée dans le pays fut fracassante. Le poste frontière Virovitica-Barcs a cru se retrouver sous l’attaque de terroristes à la roulotte piégée, au moment où, sans sommation, on a dégainé notre fusil à plomb. Ce n’était là que le début de nos différends avec la police locale, laquelle nous a fait l’honneur de rwêter nos cartes d’identité une dizaine de fois en un mois. Nous n’avions rien à cacher (rien qu’ils n’aient découvert en tout cas). Même lorsqu’une voisine hystérique hurle au voleur en appelant la police au secours car Linda était en train de manger les feuilles de son cerisier, nous nous en sommes bien tirés.

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Une fois le pays bien intégré, nous avons pu le parcourir à notre guise, la Hongrie étant plate comme une crêpe. Nous avons suivi les digues érigées le long des rivières telles la Drava ou la Tisza afin de faire des sauts de puce entre les différents manèges (lovarda) où nous avons (presque) toujours été bien accueillis, que ce soit par des hommes intègres, des hommes bizarres, des hommes pervers, des vieux garçons, des hommes normaux en somme. En un mois, nous avons donc parcouru 600 kilomètres. Si vous regardez la distance entre Barcs et Kosice sur Google Maps, il n’y en a que 485 Qu’ont-ils donc fait me direz-vous autres ? Nous avons brillamment adapté notre route au gré des chemins de traverse et de la palinka méthanoleuse.

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Mais alors, qué novelles dans le fond de cet obscur pays où l’extrême-droite est le deuxième parti et enchaine les succès ? De ce qu’on a pu constater, la société en Hongrie est cloisonnée entre magyars et non-magyars. Bien qu’ils soient tous magyarophones, on retrouve d’un côté les magyars de pure souche, tous ces descendants directs de Saint-Étienne (autour de l’an mil), ces apôtres de la soupe de poisson et de douteuses goulash ; et de l’autre côté, les Roms, Romanichelles, Gitans, Gens du voyage, dont le périple les a menés à travers toute l’Eurasie et qui les a conduits en Hongrie, dans le seul et unique but de voler la veuve et l’orphelin de leurs deux poulets. Nous ne partageons pas cette vision caricaturale à laquelle nous avons eu droit pendant un mois. Dans le fond, il se situe où le problème des magyars « de pure souche » avec ceux qu’ils appellent gitans ? Selon nous, le racisme, au-delà d’être omniprésent, est institutionnalisé dans le fonctionnement de l’état hongrois. On ne se pose pas la question de savoir si l’on est ou pas dans un quartier gitan, on le sent. Les pompes à eau (élément très typique de la Hongrie), ne sont pas réparées, les routes ne sont pas entretenues, les toilettes se trouvent dans le jardin. Ces mecs-là font des problèmes ? Foutons-les tous dans des ghettos pour mieux les encercler. Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que cette politique résulte en la formation d’une bombe sociale. Elle apporte de l’eau au moulin des magyars extrémistes et ne laisse d’autre choix aux Roms que de pratiquer des boulots secondaires dans le meilleur des cas et de la rapine (comme voler des cordes et des lunettes de soleil aux paumés qui passent en roulotte dans leur village).

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Si nos poneys ont eu du plaisir à ce que l’on se fasse délester de quelques mètres de corde, on ne peut pas en dire autant. Arrêtons de parler comme des bouquins : ça nous a fait chier de perdre du matériel, mais on a encore plus détesté tous ces mecs, qui du berceau au cercueil nous disent : n’approchez pas ces suppôts de Sheïtan, ils sont vils et coquins. On ne veut pas trancher le débat. Mais on se pose la question de ce que c’est que de vivre et grandir dans un pays qui ne veut pas de vous. C’est une question que l’on pose aux Magyars qui nous lisent (gros fake, comme s’il y en avait), mais cela vaut aussi pour chacun de nous et de ces soi-disantes minorités auxquelles nous avons affaire chaque jour.

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Et quoi alors ?

3 raisons d’aimer les hongrois

– Ils s’y connaissent en chevaux à crever

– Ils sont nuls en foot, donc on peut dispenser quelques leçons

– Ils boivent de la palinka avant, pendant et après chaque repas (oui toi aussi, le petit

déjeuner).

3 raisons de les détester

– Ils dressent leurs chiens à aboyer sur les étrangers

– Ils sont nuls en foot, donc n’y jouent pas beaucoup

– Ils ne parlent qu’une langue, laquelle comporte dix millions de locuteurs (15 selon

Orban). Sprechen Sie Deutsch ? Nem, Magyar.

Pourquoi on a apprécié notre séjour là-bas ?

En Hongrie, le cheval est roi. Dans nos contrées natales, celui qui possède un cheval est, quelque part, un marginal. En Magyarie, c’est normal de voir quelqu’un garer son cheval devant l’ABC Coop (la franchise de magasins) local pour y faire ses courses ; ou de se balader en carriole pour accomplir des tâches diverses (transport d’immondices, de matériaux, se pavaner dans le village…). Du coup, on nous a parfois regardés avec un regard suspicieux, mais jamais étonné. On doit dire que, bien souvent, on nous a regardés avec un regard appréciateur, comme si on continuait bien malgré nous la tradition pluriséculaire de l’attelage hongrois. En toute honnêteté, nous devons aussi ajouter que nous avons bien profité de leurs connaissances et compétences afin d’améliorer la conduite de notre carriole. Level up en somme.

Pourquoi on est content de s’en aller ?

Il ne faut pas pousser le bouchon trop loin. Après un mois passé dans les campagnes magyares (à l’exception de Pecs et Kecskemet), on a plus ou moins fait le tour de la question. Apprendre à communiquer ne fut pas une sinécure. Ces mots à rallonge, on en a plus soupé que de la goulash (laquelle est, ceci dit, un plat excellent). De plus, nous espérons retrouver en Slovaquie une petite agriculture de subsistance, résistant bon an mal an aux directives et politiques européennes. Ces grands champs de blé, maïs, pommes de terre, colza, luzerne etc, c’est bien pour les grands seigneurs féodaux, mais pour nous qui vivons du quémandage de légumes dans les potagers, c’est broquette. Du coup, on a dû composer avec les éléments transculinaires de base de notre nourriture : saucissons gras comme une motte de beurre, oignons crus, lard cru (ici ils appellent ça Szalonta, en Croatie c’était du spek. Chacun dira que c’est unique, le vrai etc, mais on n’est pas dupe). Bref, en Slovaquie, on espère trouver des légumes à crever, des fromages onctueux, des rivières de pêche à la mouche, des joueurs de foot, des averses d’avoine et une langue intelligible.

Au fait, comment on dit Kosice en hongrois ?

Aléas de la vie et Vacances de Pâques

18h49, 19 avril 2014. On est couché dans la roulotte. Ana, notre hôte et nouvelle grand-mère vient de nous donner à manger : jambon et medica (rakija au miel) maisons. Nous sommes le week-end de Pâques, les Croates mangent du jambon et boivent de la rakija. Aujourd’hui nous n’avons rien fait en termes kilométriques. Pourtant à 8h du mat’, on était prêt à partir. Les écuries étaient nettoyées, les hôtes étaient remerciés, les harnais étaient disposés en rang d’oignons à côté de la roulotte, les juments avaient mangé leur portion d’avoine et on avait fait caca dans le fond du jardin. Tout était fin prêt, on pouvait partir. Voilà qu’on doit se résigner à rester à Kraljeva Velika quelques jours de plus dans le meilleur des cas. L’un dans l’autre, ce contretemps n’est pas très grave, ça signifie que l’on pourra passer le dimanche de Pâques chez nos hôtes, un dimanche comme les autres passé à manger du cochon et à boire de la rakija tout en essayant de s’occuper de nos chevaux.

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Ce paragraphe illustre parfaitement les aléas que connaissent nos vies à l’heure équine. Ainsi, à la bru de la voisine (oui, on en rencontre du monde en voyageant en roulotte), Clément a dit : Tout ce voyage a été fait par hasard (et qu’elle serait enceinte dans quelques mois mais ceci n’a rien à voir avec notre histoire). Il n’avait pas tort (probablement pour l’un comme pour l’autre). Du mode de déplacement à la destination finale en passant par le professeur équestre, rien ne s’est passé comme nous l’avions imaginé originellement. Sans que cela veuille dire pour autant que nous ayons dérapé ou pire encore que nous ayons failli à notre aventure. Nous sommes plus dans la situation d’une jument de trait aveugle se retrouvant inscrite par hasard dans un concours de jumping : elle peut le faire, mais c’est dur. Ce voyage fou se passe à merveille car rien ne se passe comme prévu. Heureusement que nous sommes des chèvres en somme. Comprenez qu’au moment où nous vous écrivons, nous devrions nous trouver quelque part en Albanie avec Francis et Kocka comme étalons de trait.

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Nous avons passé beaucoup de temps en Slavonie orientale ; un temps précieux utilisé à essayer de comprendre la législation européenne et à la traduire en croate. Et nous avons rencontré énormément de gens. Ainsi, exception faite des personnes que nous avons côtoyées au jour le jour depuis notre prime enfance, nous connaissons les us et coutumes des habitants de cette région comme si nous y étions nés, que ce soit par leur mode de vie, leurs intérêts et leurs plus profondes pensées (y compris toutes les répercussions que l’Union Européenne ait eues sur les petits producteurs de lait locaux en Croatie). Ceci constitue peut-être d’ores et déjà l’une des plus belles réussites de notre voyage, de notre expérience. Nous devons surtout ce bonheur par le truchement de notre désinhibée volonté de rencontrer des gens et de satisfaire nos appétits. En effet, nos tentatives d’achat de salades au matin se transforment bien souvent en avalanche de saucisses et de rakija gratuites au soir.

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20h58, 22 avril 2014. Après une belle journée de 20 kilomètres, nous sommes tranquillement assis devant la roulotte, occupés à écrire ces lignes en écoutant Chinese Man (big up à Bombes) sur notre radio fonctionnant à l’énergie solaire. Les gens du village sont déjà spontanément venus nous apporter leur lot de victuailles locales et leurs meilleurs vœux (srtan put). Plus tôt ce matin, nous avons quitté Kraljeva Velika avec la bénédiction du vétérinaire local, lequel a réglé notre entière situation administrative en deux heures alors qu’il nous avait fallu une semaine auparavant pour en arriver à ce stade avec Lili, la première de nos juments. Nous avons pu alors nous adonner à nos habitudes matinales qui consistent à abreuver et nourrir nos chevaux, à pisser par la fenêtre, à faire copain/copain avec les alcoolos, à ramasser les bouteilles qui trainent sur le sol et à séparer les vivres épars des saucissons tout mal sur lesquels les mouches se sont déjà accouplées.

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Alors, ainsi assis dans l’herbe, après une longue journée, nous pensons à tout le chemin parcouru depuis le début. Arrivés en Croatie, nous n’y connaissions rien aux chevaux et aux Croates. Ou presque. De notre arrivée à Strmen, à notre départ pour Sunja où nous avons étudié la science des équidés jusqu’à notre départ en catastrophe pour la zone vétérinaire d’où provient Lili afin de régler des affaires administrativo-vétérinaires, nous avons déjà trotté notre petit bonhomme de chemin. Aujourd’hui, nous sommes définitivement lancés dans notre nouvelle vie.
Cessons maintenant de parler du passé ou de l’avenir, tout cela n’est que bien trop vague pour des personnes dont l’horizon se situe à vingt mètres devant eux et consiste à maintenir son cheval en bonne santé. Pour ceux qui s’inquiètent, cessez vos simagrées, tout va bien. Pour ceux qui se réjouissent de lire de nos nouvelles, rassurez-vous ce n’est pas la dernière fois. Pour ceux qui se moquent, allez-y, on s’y donne à cœur joie par ici. Pour ceux qui s’en tapent, allumez la télé et regardez la Nouvelle Star, Clément y jouera de l’harmonica et Damien chantera un solo.

Tu sais que tu préfères aller en Estonie quand…

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Tu sais que tu préfères aller en Estonie quand…

… Tu en as marre de te goinfrer de spek et de cevapi. Toi, tu as juste envie de pierogi et de goulash.

… T’as passé 4 mois à apprendre l’estonien (et pas le turc). Une bonne vieille langue comprise par seulement deux millions de personnes dans le monde (coucou le slovène), ça fait toujours bien sur ton CV.

… Tu te rends compte que la Bosnie est beaucoup trop montagneuse. Avec une vilaine Golf II, ça passe, avec une Roulotte 2.0, c’est plus dur.

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…Tu sais qu’en Pologne, les chevaux pourront être troqués contre des bisons. Et oui, les derniers bisons européens vont bientôt finir dans notre assiette.

…Tu préfères passer tes soirées à boire de la vodka plutôt que de la Rakija. Il faut maximiser les chances de terminer aveugles.

… En passant par la Hongrie, tu reçois l’occasion de leur apprendre la tolérance sur les gens du voyage. On peut toujours essayer du moins.

… Tu ne peux pas prendre un raccourci pour aller au café car tu risques de perdre un doigt sur une mine. Ce serait moche pour tirer à la carabine.

…Ça te permet de passer par la Slovaquie et ses sources d’eau chaude (parfois pétillante même), qui ménageront les articulations des poneys.

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… Aucun des pays traversés ne se rend au Brésil pour la coupe du monde. Ca fait moins de pression pour les Diables et leurs plus fervents supporters (et on ne parle pas de Stromae bien entendu).

… Tu sais qu’il fait beaucoup trop chaud en été en Turquie et qu’il sera impossible de bouger le petit doigt l’après-midi.

… Tu sais que t’es en train de marcher sur les pas de Gengis Khan. Prend ça Soliman !

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…Il y a une liaison Ryanair vers les pays Baltes (les copains, vous n’avez pas d’excuse, on vous attend).

… Un croate sur deux te dit que tu vas te faire kidnapper des « tchetnik » en Serbie. Alors qu’ils se contentent de s’en prendre à la langue des magyares. 14 déclinaisons. Qui a dit que la vie était trop courte pour apprendre l’allemand ?

… C’est plus facile pour traverser les frontières avec de la contrebande. Bah oui, il n’y en a plus. Merci Schengen !

…Tu te rapproches des Russes et par les temps qui courent, il vaut mieux être copain avec ces gens-là. En espérant qu’ils n’aient pas annexés les Pays Baltes d’ici à ce qu’on y arrive.

… Tu n’as pas envie de chier à la turque pendant 2 mois.

… Tu réalises tout simplement que c’est impossible de traverser les Balkans et d’aller en Turquie accompagné par des équidés.

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Blague à part, les tracasseries administratives de la Bosnie, Serbie et autre Empire Ottoman nous ont résolus à un petit virement de bord à 180 degrés, un détail en somme.

Il parait que pour ne pas perdre des dizaines d’heures dans chaque service vétérinaire et donc voyager pour de vrai, c’est une sage décision. Le plombier polonais n’a qu’à bien se tenir, la roulotte belge arrive.

On aimerait vous promettre que maintenant l’itinéraire est définitif mais dans ce monde peuplé de fous, on est plus sûr de rien.

 

Malo po malo

Après notre fuite en avant, nous nous sommes donc retrouvés, une fois de plus, dans un nouvel univers, un nouveau bataillon même. Pris sous l’aile du dragon, nous avons vécu une expérience hors du commun. Une grande partie de cette exceptionnelle situation vient du fait que nous nous soyons trouvés au bon endroit au bon moment, sous la gestion de notre mentor. Si un dicton illustre à merveille notre maitre en attelage/meneur de chevaux c’est bien « petit à petit », « malo po malo » en langue vernaculaire. Ces trois mots nous les entendons plus souvent qu’à notre tour dans la bouche de notre hôte, que ce soit au lever du jour ou au coucher du soleil. En effet, nous habitons actuellement chez lui en répandant notre quincaillerie un peu partout dans son jardin. And so, it begins.

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Sunja est le charmant village croate, situé à 15 kilomètres de notre précédente villégiature, dans lequel nous résidions. Cette petite localité conviviale où tout le monde se connait, recèle un trésor. Il s’agit d’un policier à la retraite que nous apprécions appeler Chuck Norris. Vous allez vite comprendre pourquoi. En effet, ce keuf à la retraite a plus d’une corde à son arc. Nous commençons à connaitre petit à petit le personnage, et nous comprenons que ce surnom n’est pas assez grandiloquent que pour lui faire complètement honneur.

 

Une courte biographie vaut la peine. Notre homme a commencé agriculteur dans la Yougoslavie titiste, son père étant éleveur de chevaux. Il a ensuite entamé sa carrière de soudeur avant de devenir frogman durant la « Guerre Civile », comme il l’appelle. Il s’est ensuite consacré à la justice, s’engageant chez les poulets jusqu’à la retraite. Il n’est pas resté inactif : chasseur, boucher et passionné de politique, il est également dresseur de chevaux à ses heures perdues. C’est bien simple, cet homme sait tout faire. De la tête aux pieds, des caves aux combes, du jardin à la barrière, il s’occupe de tout. Il a réparé des machines, construit des outils, appris à son chien à utiliser les toilettes ou encore obtenu de son cheval qu’il fasse une révérence sur commande, seulement 10 jours après l’avoir sorti d’une horde semi-sauvage. Il est médecin et ses remèdes sont d’une simplicité effarante : Rakjia que ce soit sur la jambe du cheval blessé ou sur son doigt  tordu comme le sont nos estomacs.

 

Pour en revenir aux chevaux, sa méthode de dressage est basée sur Pat Parreli. Pour résumer simplement (car nous serions incapables de le faire de manière compliquée), sa science est constituée d’un subtil mélange de savoir traditionnel, de bouquins poussiéreux, d’heures de pratique, de socialisation et de pitreries. Et force est de constater que les résultats qu’il a obtenus avec son précédent cheval furent époustouflants. Imaginez un homme chassant dans une forêt, sur son cheval au galop, avec de la neige jusqu’aux genoux, accompagné par ses chiens et ramenant ainsi un chevreuil à la maison. Ne se reposant pas sur ses lauriers, il s’empresse alors de dépecer l’animal afin d’en faire des steaks, des brochettes, des saucisses, des fricadelles, de la graisse pour les pieds de ses chevaux et j’en passe. Si l’on est d’accord pour dire que tout est bon dans le cochon (ce que nous avons expérimenté à ses côtés), il adapte cet adage aux autres mammifères. A leur plus grand dam d’ailleurs. Si certains achètent leurs porte-manteaux chez Ikea, lui il préfère aller les chercher sur les produits de sa chasse. Dis-toi bien que quand toi tu te brosses les dents le matin pour aller bosser, il a déjà débité 5 stères de bois en se faisant un petit verre de rakija pour se donner, non de l’énergie ou du courage, mais bien du cœur à l’ouvrage. Par-dessus le marché, il parvient à combiner cette hardiesse avec une tolérance, une ouverture d’esprit et un caractère amical et hilarant comme on n’en avait jamais vu dans cette partie reculée de la Croatie.

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Son approche sur les chevaux consiste à petit-à-petit leur apprendre les choses qui nous seront utiles : pas pèter voï, savoir conduire une charrette et nous réconforter le soir quand on aura besoin d’aller au bar. Nous avons donc établi notre camp de base dans leur jardin. Nous faisons partie de la famille dorénavant. La maisonnée est composée de 5 humains (Tata, Mima Matija notre nouveau pote et nous-même), trois chiens, deux chevaux et deux chats (dont l’une est en cloque et l’autre vient d’accoucher, ça n’arrête pas ces bêtes là). Et on ne parle pas de ceux que les gitans amènent quand ils viennent nous apprendre à conduire avec leur branlante carriole pour entrainer nos chevaux.

 

Pour en revenir à Chuck, il nous fait tenir un train d’enfer pour qu’on puisse quitter son jardin le plus vite possible. Il en a marre que les chevaux répandent leurs expectorations partout. Et nous on en peut plus de se faire réveiller le matin par ses coups de hache sur la bûche encore tendre (quand ce n’est pas le chat qui essaie par tous les moyens de rentrer dans votre chambre pour y disposer ses jeunes).

 

En guise de conclusion, nous nous sommes rendu compte que sans lui, on n’aurait jamais eu les moyens de faire ce magnifique voyage. Je me rends compte également qu’avec toute la rakija qu’il me fait boire en ce moment, je serai bientôt incapable de publier cet article alors je me dois de vous laisser.

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