Malo po malo

Après notre fuite en avant, nous nous sommes donc retrouvés, une fois de plus, dans un nouvel univers, un nouveau bataillon même. Pris sous l’aile du dragon, nous avons vécu une expérience hors du commun. Une grande partie de cette exceptionnelle situation vient du fait que nous nous soyons trouvés au bon endroit au bon moment, sous la gestion de notre mentor. Si un dicton illustre à merveille notre maitre en attelage/meneur de chevaux c’est bien « petit à petit », « malo po malo » en langue vernaculaire. Ces trois mots nous les entendons plus souvent qu’à notre tour dans la bouche de notre hôte, que ce soit au lever du jour ou au coucher du soleil. En effet, nous habitons actuellement chez lui en répandant notre quincaillerie un peu partout dans son jardin. And so, it begins.

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Sunja est le charmant village croate, situé à 15 kilomètres de notre précédente villégiature, dans lequel nous résidions. Cette petite localité conviviale où tout le monde se connait, recèle un trésor. Il s’agit d’un policier à la retraite que nous apprécions appeler Chuck Norris. Vous allez vite comprendre pourquoi. En effet, ce keuf à la retraite a plus d’une corde à son arc. Nous commençons à connaitre petit à petit le personnage, et nous comprenons que ce surnom n’est pas assez grandiloquent que pour lui faire complètement honneur.

 

Une courte biographie vaut la peine. Notre homme a commencé agriculteur dans la Yougoslavie titiste, son père étant éleveur de chevaux. Il a ensuite entamé sa carrière de soudeur avant de devenir frogman durant la « Guerre Civile », comme il l’appelle. Il s’est ensuite consacré à la justice, s’engageant chez les poulets jusqu’à la retraite. Il n’est pas resté inactif : chasseur, boucher et passionné de politique, il est également dresseur de chevaux à ses heures perdues. C’est bien simple, cet homme sait tout faire. De la tête aux pieds, des caves aux combes, du jardin à la barrière, il s’occupe de tout. Il a réparé des machines, construit des outils, appris à son chien à utiliser les toilettes ou encore obtenu de son cheval qu’il fasse une révérence sur commande, seulement 10 jours après l’avoir sorti d’une horde semi-sauvage. Il est médecin et ses remèdes sont d’une simplicité effarante : Rakjia que ce soit sur la jambe du cheval blessé ou sur son doigt  tordu comme le sont nos estomacs.

 

Pour en revenir aux chevaux, sa méthode de dressage est basée sur Pat Parreli. Pour résumer simplement (car nous serions incapables de le faire de manière compliquée), sa science est constituée d’un subtil mélange de savoir traditionnel, de bouquins poussiéreux, d’heures de pratique, de socialisation et de pitreries. Et force est de constater que les résultats qu’il a obtenus avec son précédent cheval furent époustouflants. Imaginez un homme chassant dans une forêt, sur son cheval au galop, avec de la neige jusqu’aux genoux, accompagné par ses chiens et ramenant ainsi un chevreuil à la maison. Ne se reposant pas sur ses lauriers, il s’empresse alors de dépecer l’animal afin d’en faire des steaks, des brochettes, des saucisses, des fricadelles, de la graisse pour les pieds de ses chevaux et j’en passe. Si l’on est d’accord pour dire que tout est bon dans le cochon (ce que nous avons expérimenté à ses côtés), il adapte cet adage aux autres mammifères. A leur plus grand dam d’ailleurs. Si certains achètent leurs porte-manteaux chez Ikea, lui il préfère aller les chercher sur les produits de sa chasse. Dis-toi bien que quand toi tu te brosses les dents le matin pour aller bosser, il a déjà débité 5 stères de bois en se faisant un petit verre de rakija pour se donner, non de l’énergie ou du courage, mais bien du cœur à l’ouvrage. Par-dessus le marché, il parvient à combiner cette hardiesse avec une tolérance, une ouverture d’esprit et un caractère amical et hilarant comme on n’en avait jamais vu dans cette partie reculée de la Croatie.

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Son approche sur les chevaux consiste à petit-à-petit leur apprendre les choses qui nous seront utiles : pas pèter voï, savoir conduire une charrette et nous réconforter le soir quand on aura besoin d’aller au bar. Nous avons donc établi notre camp de base dans leur jardin. Nous faisons partie de la famille dorénavant. La maisonnée est composée de 5 humains (Tata, Mima Matija notre nouveau pote et nous-même), trois chiens, deux chevaux et deux chats (dont l’une est en cloque et l’autre vient d’accoucher, ça n’arrête pas ces bêtes là). Et on ne parle pas de ceux que les gitans amènent quand ils viennent nous apprendre à conduire avec leur branlante carriole pour entrainer nos chevaux.

 

Pour en revenir à Chuck, il nous fait tenir un train d’enfer pour qu’on puisse quitter son jardin le plus vite possible. Il en a marre que les chevaux répandent leurs expectorations partout. Et nous on en peut plus de se faire réveiller le matin par ses coups de hache sur la bûche encore tendre (quand ce n’est pas le chat qui essaie par tous les moyens de rentrer dans votre chambre pour y disposer ses jeunes).

 

En guise de conclusion, nous nous sommes rendu compte que sans lui, on n’aurait jamais eu les moyens de faire ce magnifique voyage. Je me rends compte également qu’avec toute la rakija qu’il me fait boire en ce moment, je serai bientôt incapable de publier cet article alors je me dois de vous laisser.

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