De la Magyarie

Voilà qu’il est déjà temps pour nous de quitter la Hongrie. Que le temps passe vite quand on s’amuse. Nous avons pu, comme en Croatie, apprendre à mieux connaitre ce peuple qui se considère et qui est considéré comme unique. Heureusement car le but de notre voyage étant de comprendre les gens que nous rencontrons, ce qui n’est pas toujours chose aisée. Notre arrivée dans le pays fut fracassante. Le poste frontière Virovitica-Barcs a cru se retrouver sous l’attaque de terroristes à la roulotte piégée, au moment où, sans sommation, on a dégainé notre fusil à plomb. Ce n’était là que le début de nos différends avec la police locale, laquelle nous a fait l’honneur de rwêter nos cartes d’identité une dizaine de fois en un mois. Nous n’avions rien à cacher (rien qu’ils n’aient découvert en tout cas). Même lorsqu’une voisine hystérique hurle au voleur en appelant la police au secours car Linda était en train de manger les feuilles de son cerisier, nous nous en sommes bien tirés.

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Une fois le pays bien intégré, nous avons pu le parcourir à notre guise, la Hongrie étant plate comme une crêpe. Nous avons suivi les digues érigées le long des rivières telles la Drava ou la Tisza afin de faire des sauts de puce entre les différents manèges (lovarda) où nous avons (presque) toujours été bien accueillis, que ce soit par des hommes intègres, des hommes bizarres, des hommes pervers, des vieux garçons, des hommes normaux en somme. En un mois, nous avons donc parcouru 600 kilomètres. Si vous regardez la distance entre Barcs et Kosice sur Google Maps, il n’y en a que 485 Qu’ont-ils donc fait me direz-vous autres ? Nous avons brillamment adapté notre route au gré des chemins de traverse et de la palinka méthanoleuse.

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Mais alors, qué novelles dans le fond de cet obscur pays où l’extrême-droite est le deuxième parti et enchaine les succès ? De ce qu’on a pu constater, la société en Hongrie est cloisonnée entre magyars et non-magyars. Bien qu’ils soient tous magyarophones, on retrouve d’un côté les magyars de pure souche, tous ces descendants directs de Saint-Étienne (autour de l’an mil), ces apôtres de la soupe de poisson et de douteuses goulash ; et de l’autre côté, les Roms, Romanichelles, Gitans, Gens du voyage, dont le périple les a menés à travers toute l’Eurasie et qui les a conduits en Hongrie, dans le seul et unique but de voler la veuve et l’orphelin de leurs deux poulets. Nous ne partageons pas cette vision caricaturale à laquelle nous avons eu droit pendant un mois. Dans le fond, il se situe où le problème des magyars « de pure souche » avec ceux qu’ils appellent gitans ? Selon nous, le racisme, au-delà d’être omniprésent, est institutionnalisé dans le fonctionnement de l’état hongrois. On ne se pose pas la question de savoir si l’on est ou pas dans un quartier gitan, on le sent. Les pompes à eau (élément très typique de la Hongrie), ne sont pas réparées, les routes ne sont pas entretenues, les toilettes se trouvent dans le jardin. Ces mecs-là font des problèmes ? Foutons-les tous dans des ghettos pour mieux les encercler. Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que cette politique résulte en la formation d’une bombe sociale. Elle apporte de l’eau au moulin des magyars extrémistes et ne laisse d’autre choix aux Roms que de pratiquer des boulots secondaires dans le meilleur des cas et de la rapine (comme voler des cordes et des lunettes de soleil aux paumés qui passent en roulotte dans leur village).

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Si nos poneys ont eu du plaisir à ce que l’on se fasse délester de quelques mètres de corde, on ne peut pas en dire autant. Arrêtons de parler comme des bouquins : ça nous a fait chier de perdre du matériel, mais on a encore plus détesté tous ces mecs, qui du berceau au cercueil nous disent : n’approchez pas ces suppôts de Sheïtan, ils sont vils et coquins. On ne veut pas trancher le débat. Mais on se pose la question de ce que c’est que de vivre et grandir dans un pays qui ne veut pas de vous. C’est une question que l’on pose aux Magyars qui nous lisent (gros fake, comme s’il y en avait), mais cela vaut aussi pour chacun de nous et de ces soi-disantes minorités auxquelles nous avons affaire chaque jour.

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Et quoi alors ?

3 raisons d’aimer les hongrois

– Ils s’y connaissent en chevaux à crever

– Ils sont nuls en foot, donc on peut dispenser quelques leçons

– Ils boivent de la palinka avant, pendant et après chaque repas (oui toi aussi, le petit

déjeuner).

3 raisons de les détester

– Ils dressent leurs chiens à aboyer sur les étrangers

– Ils sont nuls en foot, donc n’y jouent pas beaucoup

– Ils ne parlent qu’une langue, laquelle comporte dix millions de locuteurs (15 selon

Orban). Sprechen Sie Deutsch ? Nem, Magyar.

Pourquoi on a apprécié notre séjour là-bas ?

En Hongrie, le cheval est roi. Dans nos contrées natales, celui qui possède un cheval est, quelque part, un marginal. En Magyarie, c’est normal de voir quelqu’un garer son cheval devant l’ABC Coop (la franchise de magasins) local pour y faire ses courses ; ou de se balader en carriole pour accomplir des tâches diverses (transport d’immondices, de matériaux, se pavaner dans le village…). Du coup, on nous a parfois regardés avec un regard suspicieux, mais jamais étonné. On doit dire que, bien souvent, on nous a regardés avec un regard appréciateur, comme si on continuait bien malgré nous la tradition pluriséculaire de l’attelage hongrois. En toute honnêteté, nous devons aussi ajouter que nous avons bien profité de leurs connaissances et compétences afin d’améliorer la conduite de notre carriole. Level up en somme.

Pourquoi on est content de s’en aller ?

Il ne faut pas pousser le bouchon trop loin. Après un mois passé dans les campagnes magyares (à l’exception de Pecs et Kecskemet), on a plus ou moins fait le tour de la question. Apprendre à communiquer ne fut pas une sinécure. Ces mots à rallonge, on en a plus soupé que de la goulash (laquelle est, ceci dit, un plat excellent). De plus, nous espérons retrouver en Slovaquie une petite agriculture de subsistance, résistant bon an mal an aux directives et politiques européennes. Ces grands champs de blé, maïs, pommes de terre, colza, luzerne etc, c’est bien pour les grands seigneurs féodaux, mais pour nous qui vivons du quémandage de légumes dans les potagers, c’est broquette. Du coup, on a dû composer avec les éléments transculinaires de base de notre nourriture : saucissons gras comme une motte de beurre, oignons crus, lard cru (ici ils appellent ça Szalonta, en Croatie c’était du spek. Chacun dira que c’est unique, le vrai etc, mais on n’est pas dupe). Bref, en Slovaquie, on espère trouver des légumes à crever, des fromages onctueux, des rivières de pêche à la mouche, des joueurs de foot, des averses d’avoine et une langue intelligible.

Au fait, comment on dit Kosice en hongrois ?

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Une réflexion sur “De la Magyarie

  1. ah voilà de la littérature pour sentir le véçu en plus des photos +++
    cela sent bon la rencontre avec les aléas du quotidien et des gens tout simplement
    c’est comme si on y était…
    j’espère que l’épisode suivant : Monsieur et Madame …ont la joie de vous annoncer la naissance de … sera aussi « authentique » ?
    biz à vous
    fabienne

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