Changement d’itinéraire

Chers amis,

Certains diront qu’on recule, d’autres qu’on change de direction. Il semblerait que nous soyons obligés de bifurquer au nord. Pourquoi me direz vous autres ? Parce que quitter l’Union Européenne, y rerentrer, la quitter à nouveau pour ensuite y revenir finalement était digne d’un des travaux d’Hercule. Nettoyer les écuries d’Augias par exemple.

Notre nouvel itinéraire passera donc à travers la Croatia, la Hongrie, la Slovaquie, la Pologne ainsi que les trois pays baltes… Si nous ne changeons pas d’avis demain.

Allez, videmo se

 

Dilemme du prisonnier revisité

Tous ceux qui sont passés par là pestent allègrement sur ces milliers d’heures employées à user ses fonds de culottes dans les auditoires. Celles-ci servent plus souvent à épater dans les mondanités qu’à écrire des articles sur une roulotte, mais une fois n’est pas coutume, les histoires que racontaient nos professeurs étaient vraies.

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Nous allons vous proposer un petit exercice mental. Projetez-vous dans un monde, sans repère, pataugeant dans la boue jusqu’aux genoux, avec pour seuls compagnons un fidèle canidé et deux voisins édentés. 10 dents à deux, ça ne fait quand même pas beaucoup. Ainsi, vous vous retrouvez facilement coincés à quinze kilomètres de la première boulangerie (ou du bar), à la merci du premier éleveur de chevaux venu. Dans notre cas, celui-ci cumule tant de casquettes que le taureau de Vilvorde passe pour un enfant de cœur à ses côtés : Architecte, clubbeur, rouleur de mécaniques…

C’est ici que notre fameux dilemme entre en jeu. Pour les non-initiés, cette théorie très simple reprend une situation dans laquelle deux complices se retrouvent en prison, privés de toute communication entre eux. Interrogés tour à tour par la police, ils ont le choix entre deux comportements : « Trahir » ou « Rester fidèle à son pote ». Dans le cas où l’un des deux choisi de trahir, ce dernier s’en tire bien et l’autre prend cher. S’ils restent fidèles tous les deux, ils s’en tirent avec une peine minimale, le meilleur compromis. Si chacun joue la carte individuelle et trahit l’autre, chacun reçoit une peine de moyenne durée.

Mais il faut oser car si la fidélité est à coup sûr la plus profitable des options, elle fait également courir le risque d’être l’oiseau pour le chat d’une personne moins scrupuleuse. Ce n’est pas forcément marrant de se retrouver 10 ans à casser des pierres dans un pénitencier ou à passer 6 mois avec des étalons semi-sauvages payés cher et vilain.

Ceci nous mène à un tableau à quatre entrées reprenant la situation que nous avons connue à Strmen (saloperie de mots sans voyelle).

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De manière plus littéraire, notre contact sur place ayant tenté de se tricoter un petit bas de laine avec nos économies, nous avons dû prendre nos jambes à notre cou. Bien que nous ayons été relativement lent à lever le lièvre, le pot-aux-roses découvert, nous avons pris nos cliques et nos claques et avons pris la clef des champs dès que faire s’eut pu dans la ville d’à côté. Eh, sans rancune hein chef.

Et c’est ainsi que nous nous sommes retrouvés pris sous l’aile du Rambo des Balkans, mais ceci fera l’objet d’un article ultérieur, il est maintenant temps pour nous d’aller dire coucou aux Bosniaques.

“The cleverest always gives up first”

Proverbe croate

 

Un nouvel univers

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Tous, lors de voyage à l’étranger avons le même ressentit. En quelques heures, que ce soit en voiture ou en avion, nous nous retrouvons parfois plongés dans un monde inconnu. Dans notre expérience comme dans d’autres, ces premiers jour sont l’occasion d’un dépaysement intensif dans lequel chaque geste est un essai que ce soit manger, dormir ou prendre à la bride un étalon de 4 ans capable de mordre et de botter jusqu’au sang.
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Un émerveillement aussi. L’intensité de la nature dans ce village au trois quart abandonné après la guerre de Yougoslavie laisse entrevoir les images fantômes des combats passés. Dans le lieu-dit de Strmen, les habitants sont pour la plupart réconciliés mais la gravité des vestiges demeure. L’on hésite à pénétrer dans ces centaines de maison à moitié enfouie dans la végétation. Un hasard de la nature ou la présence des hommes leur donne un aspect terriblement vivant dans leur décrépitude. L’on s’y trouve comme il y a vingt ans, le désordre ne brouillant que de peu la vision de ce qui pouvait être la vie dans la Yougoslavie de Tito dans les campagnes. Notre village était peuplé par des Serbes. Après la guerre, très peu sont revenus. Ceux qui étaient prêt à pardonner et avancer.
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A l’image de l’antagonisme qui animait les yougoslaves avant et parfois actuellement, pour le grand désespoir de nos hôtes, nous vivons également la contradiction de notre situation de plein fouet. La vie à la campagne, le soin des animaux, l’inactivité contraste avec l’hystérie stérile de la ville et des études. Ainsi, et ceci a caractérisé notre projet bien avant notre départ, les conseils que nous recevons sont souvent contradictoires et difficile à appliquer. Le moindre faux pas se traduit par une sévère remontrance de nos professeurs et parfois par un mouvement de mauvaise humeur de nos chevaux.

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Francis (en haut) [1] et Kodska (en bas) [2] nécessitent beaucoup de notre attention et sont à la fois d’excellents compagnons et de redoutables animaux de 800KG.

La Save est haute, les hommes attendent.

 

 

 

 

 

 

 

 

Prendre plaisir à lâcher prise tout en demeurant fervent supporters du MF Waterloo, de la Wallonie, des diables et de tout ce qui est cher à nos cœurs.


[1] Friteur à Villers-la-Ville, sans aucun doute le meilleur du Brabant Wallon et peut-être plus. Amitiés à lui.

[2] L’étalon a un carré blanc entre les deux yeux, Kodska en Croate.

Où a passé le sabot turc, l’herbe ne repousse plus.
Proverbe croate

Chronique de la construction d’une roulotte

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Très distinctement, la première phase de notre ambition hippique s’est achevée par la pose du dernier cadenas, l’installation de la radio et des panneaux solaires ainsi que par le chargement de notre merveilleux carrosse.

Avant d’en arriver là, une série d’étapes intermédiaires et rocambolesques se sont succédées ; lesquelles témoignent probablement de notre talent à tout renverser ou à tout faire de travers. Par exemple, afin de pouvoir faire face à des prédateurs en tout genre, nous avions également eu l’idée d’installer une barre coulissante de métal contre la porte, bloquant ainsi l’ouverture depuis l’intérieur. Il fallait un mécanisme savant, opéré depuis le dessous de la roulotte par des initiés, pour pouvoir la décoincer. Celui-ci consistant à repousser cette dite bar par une tige de métal du diamètre idoine au travers d’un orifice d’où descendait la barre, Après une demie heure passée dans la boue à s’époumoner afin de la déchausser, nous avons décidé de condamner la barre et de la laisser là en signe de notre maladresse et fainéantise. Depuis, elle sert à accrocher nos chaussettes. Ainsi dit, ceux qui nous lisent car l’appel de l’aventure tiraille les entrailles et qui désirent également se ruiner pour entreprendre un voyage aussi lent qu’incertain, nous ne pouvons malheureusement vous être d’aucune aide.
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Nous pouvons en vouloir à deux aspects de notre intellect pour notre gaucherie. Soit que nous avons suivi ce que nous pensions être notre instinct de manuels, lequel se révéla en fait un savant mélange de créativité et de pure improvisation pour lesquels aucun plan n’était nécessaire ; soit il s’agit d’une heureuse imprécision volontaire. En réalité, le maitre de la réussite de ce chantier fut extérieur à nos personnes, le crédit allant alors à l’habileté et à la disponibilité de nos amis et familles.
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Il est incroyable de constater que l’aide que nous avons reçue soit venue de milieux si distincts. D’un simple conseil suggérant l’installation d’une éolienne sur le toit à la fabrication active de pans entiers de la roulotte, en passant par des travaux de peinture ou de couture, de nombreuses personnes ont apporté leur pierre à l’édifice, sans oublier l’amoncellement de matériaux que nous avons reçus de nos familles et de sponsors. Cependant, nous devons particulièrement en remercier trois qui dans les deux derniers jours nous ont soutenu plus que jamais.

Thomas Hanosset, réparateur d’éoliennes à ses heures perdues, est l’électricien de la roulotte. Grâce à lui, la lumière fut grâce à un système dont nous ne maitrisons pas encore tous les secrets. Dorian Fastre-Toussaint, menuisier et futur constructeur de roulottes en tout genre, nous a apporté sa contribution d’un bout à l’autre du projet, que ce soit en temps, en investissement ou en talent. Enfin, Marcel-Marie Vincent (Tigre de son totem) a été l’espace d’un week-end le conducteur de notre roulotte afin de l’emmener en Terre Promise. Incroyablement amical, altruiste et aventureux, il a relevé le challenge de prendre en charge notre convoi exceptionnel sur 1500 Km. À l’heure où j’écris ces lignes, je dois lui apprendre que le sprint final n’en était pas un et qu’une heure de voiture supplémentaire sera nécessaire afin que nous puissions atteindre notre but.

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Heureusement que sa femme Françoise s’est occupée de l’intendance, sinon je finirais dans son assiette.

Nourris un cheval comme un frère, mais monte-le comme un ennemi.
Proverbe croate

Premier contact

Roulotte16On est bien arrivé. L’endroit est boueux mais notre contact excellent. Les choses avancent vite mais on a des doutes sur le résultats car les chevaux n’étaient pas encore dressés. Mais l’arrangement qu’on a, nous donne la possibilité de ne pas prendre la paire si elle ne convient pas. On peut rester aussi longtemps qu’on veut chez le mec et il nous paie pas mal de trucs et nous aide pour les trajets.
On vous embrasse

Une aventure commence …

Chers tous, amis, familles, animaux et autres,

En ce mois de février, Clément et moi allons nous lancer dans une nouvelle aventure. Défiant les plus sceptiques, surmontant des difficultés techniques inintelligibles pour deux singes avec des chapeaux comme nous, débauchant tous azimuts du matériel en Brabant-Wallon et ailleurs, la Roulotte avec un grand « r » se met en état de nous héberger petit à petit. Après avoir enchainé de nombreux travaux afin de transformer ce chariot à foin en confortable petite maison, le gros oeuvre est maintenant bientôt terminé. Les préparatifs du départ défilent les uns à la suite des autres, mais beaucoup reste à faire.

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Alors, avant toute chose, bienvenu sur ce blog ! Nous l’avons réalisé dans l’espoir de vous tenir au courant de nos différentes aventures turco-balkaniques. Vous y trouverez des informations figées, telle que la composition de l’équipe (en espérant que personne ne disparaisse en chemin), le projet (sauf si nous abandonnons) ou les sponsors (quoi que…) ainsi que des sections se renouvelant et se mettant à jour, comme les articles (sinon inutile de faire un blog), les photos et, je dois vous le concéder malheureusement, l’itinéraire bien sûr. Pour l’instant, rien n’est certain, si ce n’est que nous partirons de Sisak et que notre voyage arrivera à son terme quelque part en Turquie, entre Istanbul et Antalya, entre Edirne et le lac de Van. Bref, ce blog sera un sacré fatras.

Clément et moi-même nous relaieront afin de divertir amis, familles, animaux et autres durant toute la durée de notre périple voyage. Tant et si bien que nous parviendrons à trouver du wifi chez nos hôtes ou que nous aurons la chance de tomber sur un cybercafé, rencontre dont la fréquence ne devrait pas être très élevée au vu des chemins empruntés. En effet, pour ceux qui n’avaient pas tout à fait compris là où on voulait en venir, nous voyagerons à une vitesse variant entre 5 Km/h et 10 Km/h (lorsque nous serons vraiment pressés de manger). Par conséquent, nous ne pourrons pas nous écarter des voies romains, sentiers de traverse et autres routes secondaires. Ceci permettra deux choses certaines : nous enseigner la patience et faire des rencontres exceptionnelles avec les locaux. 

Merci pour la lecture et à bientôt sur nos antennes !

« Lorsque les résidents sont modestes, la maison est bien assez grande »
Proverbe serbe